La 5G: une révolution technologique… et économique

La 5G: une révolution technologique… et économique

Le PDG sud-coréen de LG Electronics évoque le déploiement du réseau 5G au CES 2019 de Las Vegas, le 7 janvier 2019.REUTERS/Steve Marcus La nouvel

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Le PDG sud-coréen de LG Electronics évoque le déploiement du réseau 5G au CES 2019 de Las Vegas, le 7 janvier 2019.REUTERS/Steve Marcus

La nouvelle génération de téléphonie mobile baptisée 5G est de toutes les conversations au CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas, le grand rendez-vous de l’électronique grand public. Elle promet un débit beaucoup plus performant, potentiellement 100 fois plus rapide que la 4G, le standard actuel. Elle est porteuse d’espoirs dans de nombreux domaines, tels que les transports, l’industrie et la santé. La 5G n’est pas encore mise en place mais pour les équipementiers comme pour les gouvernements, elle représente déjà un enjeu économique majeur.

« Ça grouille » autour de la 5G, notamment au CES de Las Vegas. L’expression vient du consultant Olivier Ezratty qui publie chaque année un rapport sur les principales innovations dévoilées lors de cette grand-messe des hautes technologies. Cette édition devrait d’ailleurs intensifier cette tendance, tant le secteur des télécommunications est en ébullition. La mise en œuvre de la cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile, qui doit succéder dans les prochaines années à la 4G, pourrait bien en effet bouleverser de nombreux usages, dans des domaines très divers (voir encadré). « 2019 va être l’année des expérimentations un peu plus poussées qu’en 2018 », annonce Olivier Ezratty. « Les premières offres commerciales vont arriver. Les infrastructures suivront en fonction du retour de ces expériences. »

Equation économique

De fait les équipementiers, qu’ils soient américains, asiatiques ou européens, et les fabricants de composants électroniques multiplient depuis quelques années les tests et les investissements. Un pari pour l’avenir, mais aussi un saut dans le vide. Alexandre Ménard, chargé du secteur télécommunications, médias et technologie au cabinet de conseil américain Mc Kinsey, explique « qu’un certain nombre de paramètres économiques sont inconnus ». Ceux qui voudront développer la 5G doivent acheter de nouvelles fréquences, qui font l’objet d’enchères nationales. Et pour déployer le réseau, « il faudra plusieurs milliards, voire plusieurs dizaines de milliards d’euros en fonction de la taille du pays », affirme le spécialiste. « Si on a de nouveaux usages qui permettent d’amortir ces investissements, l’équation économique sera intéressante. Quoi qu’il arrive, il sera compliqué pour un opérateur de faire l’impasse sur la 5G. Il y aura toujours un concurrent qui va se lancer ». Autre question centrale, selon les experts interrogés : adapter les terminaux (téléphones, tablettes, moyens de transports concernés, etc…).

Opportunité politique

D’ores et déjà, tout le monde veut sa part du gâteau. L’enjeu économique et politique est énorme, d’après Jacques Bonifay, patron de Transatel (une société de télécommunication mobile), et de l’association MNVO Europe, les opérateurs de réseaux mobiles virtuels. Par exemple, « les constructeurs automobiles veulent vendre de la technologie et vont pousser pour avoir de nouvelles normes, même si elle n’est pas prête. Les gouvernements suivent parce que c’est l’opportunité de vendre de nouvelles licences. Et puis politiquement, tout le monde veut que son pays soit le plus en avance sur la dernière génération technologique. Le monde va vers la 5G».

Course planétaire

Dans un contexte géopolitique troublé où l’avènement de la 5G joue d’ailleurs son rôle (voir encadré), une course à l’échelle planétaire est donc lancée. Le géant des télécommunications Verizon a ainsi lancé son premier réseau commercial en 5G au mois d’octobre dans plusieurs villes des Etats-Unis comme Houston, Indianapolis et Los Angeles. Les Coréens veulent suivre, de même que les Chinois et les Japonais pour les Jeux Olympiques à Tokyo en 2020. Cette même année, selon le plan d’action de l’Union européenne, au moins une grande ville de chaque Etat membre devra être couverte par l’ultra débit mobile. Mais ce n’est qu’en 2025 que les principaux axes de transports pourraient en bénéficier. Carole Manero, consultante à l’IDATE, l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe, reconnaît que le Vieux Continent est « un peu en retard », mais pense que cette « attitude modérée, de réflexion est une position intelligente compte tenu des capacités d’investissement des opérateurs et du contexte concurrentiel européen foncièrement différent de ce qu’on peut trouver aux Etats-Unis ou dans les pays asiatiques. » Restent les pays en voie de développement où, selon Alexandre Ménard du cabinet Mc Kinsey, « la 4G est balbutiante. Il n’y a pas les infrastructures, notamment de transmission, qui permettront d’absorber un réseau 5G ». L’Amérique du Sud puis l’Afrique, de l’avis de ce spécialiste, devront attendre quelques années supplémentaires.

LA 5G, C’EST QUOI ?

La 5G est un ensemble de standards et technologies assez disparates qui permet d’augmenter le très haut débit mobile pour les utilisateurs de smartphones. Le réseau 5G peut servir à gérer en temps réel la communication entre objets connectés et serveurs. Les performances seront inédites et les domaines d’application très variés. Cela pourra être aussi bien pour faire de la vidéo sur son téléphone que pour des applications dans le domaine de la santé, de l’industrie, des transports, pour coordonner des véhicules autonomes. Elle va certainement bouleverser les processus de fabrication.

■ La 5G au cœur d’un bras de fer entre la Chine et les Occidentaux

Les équipementiers chinois comme Huawei et ZTE sont dans le collimateur de Washington. D’autres pays occidentaux comme le Canada interdisent ou envisagent d’interdire les géants asiatiques officiellement pour des raisons de sécurité nationale, les accusant de cyber-espionnage. Certains observateurs parlent d’une guerre froide technologique.

L’avis de Richard Paradis, professeur de communication à l’Université de Montréal

RFI : En quoi le déploiement de la 5G est-il en train d’envenimer les relations diplomatiques entre la Chine et les Occidentaux?

Richard Paradis : C’est clair que la situation actuelle n’aide pas les relations entre pays d’importance dans le monde. En particulier, la Chine est visée concernant une de ses entreprises les plus en vue. Cependant les craintes des pays qui font partie des «Cinq Yeux», dont les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Royaume-Uni et le Canada sont nerveux face aux risques que comporte l’utilisation des équipements de Huawei pour l’établissement des nouveaux réseaux 5G pour la téléphonie mobile. Pour le moment le Royaume-Uni et le Canada n’ont pas pris position pour interdire les équipements mais British Telecom a annoncé qu’elle va retirer l’équipement de Huawei et ne fera pas faire appel à cette entreprise pour l’installation de la 5G. Huawei est un joueur important en Asie et rentre rapidement dans plusieurs marchés comme les USA pour les téléphones mobiles alors il n’y a pas seulement l’équipement 5G qui est en jeux. Huawei dépasse l’Iphone dans les ventes en ce moment. Alors oui, la situation de la 5G va sûrement continuer de créer des tensions entre pays. Ce qu’il faut surveiller c’est la prise de position des pays d’Europe, de l’Afrique et de l’Asie alors que tous les pays devront décider avec qui ils vont introduire la 5G dans les mois à venir. Il faut savoir que pour les infrastructures pour la téléphonie Huawei a toujours été moins cher (-30%) que par exemple Ericsson qui est un autre gros joueur dans ce domaine.

Les Occidentaux ont-ils des raisons valables de croire un cyber-espionnage ou s’agit-il plus de nationalisme économique?

Je crois que les pays ont raison de se méfier à cause des relations étroites que le gouvernement chinois entretient avec ces grosses entreprises et surtout dans des domaines stratégiques comme les communications. La 5G exige des infrastructures beaucoup plus intégrées que pour la 4G et le LTE. C’est cette intégration des équipements qui pourrait permettre à un tiers d’accéder à certaines données qui se retrouve dans le système sans laisser de pistes qui cause les craintes.

Ce bras de fer peut-il se poursuivre longtemps, vu les enjeux économiques colossaux dans les deux ou trois années qui viennent?

Je crois que oui, mais il faudra que les pays qui se retirent, expliquent le raisonnement de sécurité qui pour le moment reste sous le voile du secret pour des raisons de sécurité nationale.

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