Mossadeck Bally, une réussite africaine

Né le 27 août 1961 au Niger de parents maliens ayant une longue tradition familiale dans le commerce et le négoce, M. Bally a grandi au Niger et

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Né le 27 août 1961 au Niger de parents maliens ayant une longue tradition familiale dans le commerce et le négoce, M. Bally a grandi au Niger et au Mali et a effectué ses études en France d’abord puis aux Etats-Unis, où il a perfectionné ses connaissances des affaires en obtenant une Groupe Azalaï Hotels, à la faveur de la privatisation du mythique Grand Hôtel de Bamako.
En 2000, fort d’une solide réputation basée sur la qualité du service et la gestion de son premier hôtel, la SMPH construit l’Hôtel Salam et devient le gérant de l’Hôtel Nord Sud, tous deux basés à Bamako.
La société, devenue en 2005 le Groupe Azalaï Hotels, exporte ensuite son savoir-faire et poursuit son expansion en dehors des frontières du Mali. De Ouagadougou, par l’acquisition de l’Hôtel Indépendance, à Cotonou (Hôtel de la Plage), en passant par Bissau (Hôtel 24 de Setembro), et bientôt Abidjan, Nouakchott Dakar, Niamey et Conakry, le Groupe Azalaï Hotels, qui emploie plus de 700 personnes, et plus de 3500 indirectement, a pour ambition d’être présent dans tous les pays de l’UEMOA. Il devient en moins de 20 ans le premier groupe hôtelier ouest-africain, en se forgeant une réputation internationale basée sur la qualité de ses services et de son accueil, de ses infrastructures rénovées et de la rigueur de sa gestion.
Bally, à travers le Groupe Azalaï Hotels, s’efforce de donner une vision conquérante de «l’Entreprise Africaine

maitrise en gestion et finance de l’Université de San Francisco, Californie.
Bally a commencé son incursion dans l’industrie hôtelière africaine en se concentrant d’abord sur son pays d’origine, le Mali. En 1994, la « Société Malienne de Promotion Hôtelière
» (SMPH), est créée aux fins d’acquérir le premier hôtel de ce qui deviendra par la suite le Groupe Azalaï Hotels, à la faveur de la privatisation du mythique Grand Hôtel de Bamako.
En 2000, fort d’une solide réputation basée sur la qualité du service et la gestion de son premier hôtel, la SMPH construit l’Hôtel Salam et devient le gérant de l’Hôtel Nord Sud, tous deux basés à Bamako.

La société, devenue en 2005 le Groupe Azalaï Hotels, exporte ensuite son savoir-faire et poursuit son expansion en dehors des frontières du Mali. De Ouagadougou, par l’acquisition de l’Hôtel Indépendance, à Cotonou (Hôtel de la Plage), en passant par Bissau (Hôtel 24 de Setembro), et bientôt Abidjan, Nouakchott Dakar, Niamey et Conakry, le Groupe Azalaï Hotels, qui emploie plus de 700 personnes, et plus de 3500 indirectement, a pour ambition d’être présent dans tous les pays de l’UEMOA. Il devient en moins de 20 ans le premier groupe hôtelier ouest-africain, en se forgeant une réputation internationale basée sur la qualité de ses services et de son accueil, de ses infrastructures rénovées et de la rigueur de sa gestion.
Bally, à travers le Groupe Azalaï Hotels, s’efforce de donner une vision conquérante de «l’Entreprise Africaine ».
https://www.azalai.com/mossadeck-bally/

O.W : Le 5 octobre 2020 a été annoncé la nomination d’un nouveau gouvernement. Quelles
sont vos attentes de ce gouvernement de transition ? Etes-vous optimiste quant au futur du Mali ? Seriez-vous candidat à la prochaine présidentielle ?

M.B : Il y a une charte de la transition, il y a une feuille de route. Essentiellement c’est 18 mois, on ne peut pas tout faire en 18 mois. Mais essentiellement, c’est essayer de refonder les institutions, organiser les meilleures élections qu’on ait jamais eu dans ce pays, transparentes, incontestées et incontestables. Je pense que si on arrive à faire ça, ce serait déjà bien. Sur le fond sécuritaire, à mon avis il faut faire quelque chose, même si de ce côté cela prendra beaucoup de temps malheureusement. On voit ce qui se passe actuellement à Farabougou qui est un village à quelques heures de Bamako, qui est en plein cœur du Mali dans la zone de l’Office du Niger. Il y a un village qui est encerclé depuis 2 semaines par des djihadistes et l’armée n’est pas capable d’aller les déloger, c’est pour vous dire l’ampleur, la profondeur de cette crise sécuritaire, donc ça prendra beaucoup de temps. Mais je pense que la transition n’a pas suffisamment de temps pour régler le problème sécuritaire sauf à négocier avec les maliens qui ont pris les armes, essayer de voir quelles solutions elle peut trouver avec ces maliens qui ont pris les armes contre l’Etat malien. Si ce gouvernement de transition arrive à stabiliser les finances publiques, à améliorer un peu le fond sécuritaire mais surtout à nous sortir des textes consensuels, une nouvelle constitution, une nouvelle charte des partis, un nouveau code électoral, ce serait une bonne chose. C’est anormal qu‘un pays comme le Mali ait plus de 200 partis politiques. C’est pour ça que je vous ai dit que ce ne sont pas des partis politiques, mais plutôt des clubs qui se mettent sur la ligne de départ, pour aller vers le gros gâteau qui s’appelle le budget national. Il faut qu’avant les élections on puisse remettre tout ça à plat. Il faut surtout mettre en place cette nouvelle constitution, qui je l’espère pour moi et mes amis du GRAIN, va consacrer la régionalisation de l’Etat, va décentraliser l’Etat et donner le pouvoir aux populations de choisir et de surveiller leurs élus , rapprocher les services publics des populations. Ensuite un code électoral et une charte des partis qui fera que le nombre de partis politiques va diminuer drastiquement. Si cela est fait je pense que la transition aura réussi. Suis-je optimiste ? je suis réaliste. Je sais que les défis sont énormes. Mon pays depuis 30 ans ne fait que s’enfoncer et là on a atteint un niveau de basculement. Soit on passe dans l’émiettement du pays, la somalisation et donc la Mali unitaire comme on l’a connu va disparaître, soit alors on se ressaisi au travers du dialogue comme je l’ai dit avec ceux qui ont pris les armes, avec une gouvernance vertueuse et là on pourra sauver le Mali unitaire que nous avons connu, en tout cas que moi, ma génération a connu. Un Mali de valeur, un Mali où les gens travaillent et un Mali où les gens sont fiers et heureux avec ce qu’ils gagnent à la sueur de leur front. Se présenter à la prochaine élection ? Maintenant à titre personnel, sincèrement c’est une question que je ne me pose pas, je suis chef d’entreprise, je suis effectivement très impliqué dans la vie de mon pays, dans le devenir de mon pays. Je suis un citoyen engagé, je ne sais pas c’est quoi mon destin, si mon destin est la question que vous me posez. Si ça ne l’est pas, je resterais toujours un citoyen très engagé qui va émettre des opinions avec d’autres citoyens engagés, d’autres amis car nous sommes vraiment inquiets de cette trajectoire là sur laquelle se trouve notre pays. Je peux vous garantir qu’à défaut de répondre clairement à votre question (parce que je n’ai pas la réponse), que je resterai un citoyen très engagé.

« Il est temps vraiment qu’aussi l’armée malienne comprenne qu’on ne peut pas régler, résoudre les problèmes de la nation avec des irruptions de ce genre »

O.W : Peut-on donner raison à la CEDEAO sur le positionnement qu’elle a eu dans la gestion de la crise malienne ? 

M.B : La CEDEAO est dans son rôle, c’est une organisation sous régionale à laquelle appartient le Mali. Le Mali a d’ailleurs été un des pays fondateurs de la CEDEAO. Donc elle est dans son rôle, elle a des textes. Un de ses textes dit qu’on ne peut pas arriver au pouvoir par les armes, donc dès que cette situation est constatée dans un pays, toute la machine de la CEDEAO se met en branle pour trouver une solution. Cela a été le cas en 2012 et c’est le cas actuellement. Donc je peux comprendre effectivement certains de mes compatriotes qui dénonçaient cet embargo et puis cette posture de la CEDEAO, mais je dois leur rappeler que nous avons signé tous les textes de la CEDEAO, toutes les chartes de la CEDEAO. Nous maliens nous les avons signé. Vous ne pouvez pas accepter les règles du jeu et lorsque vous êtes sur le terrain vous dites ah non non je ne suis pas d’accord avec cette règle, alors qu’avant que vous ne montiez sur le terrain, vous avez accepté les règles du jeu. Je pense que cette posture, cette médiation nous a permis d’être aujourd’hui dans cette situation où quand même on a un Président de la transition, un Premier ministre, un gouvernement, donc le Mali revient dans le concert des nations. On voit d’ailleurs le ballet des visites diplomatiques. Le ministre Le Drian de la France était à Bamako. Tout ceci n’aurait pas été possible si on était dans une situation exceptionnelle et dans tous les cas on est à notre 4ème coup d’Etat. Il est temps vraiment d’arrêter ces ruptures brutales, il est temps de mettre fin à ce cycle infernale de coup d’Etat. Il est temps vraiment qu’aussi l’armée malienne comprenne qu’on ne peut pas régler, résoudre les problèmes de la nation avec des irruptions de ce genre. Certes le pouvoir sortant a manqué de courage politique pour dialoguer avec son opposition et trouver une issue favorable au pays, sans qu’il n’y est cette irruption des militaires. Donc malheureusement ça n’a pas été le cas et souvent on sait que lorsqu’il y a des blocages, il y a ce genre d’irruption. Mais ce n’est pas la meilleure solution. Je souhaite vivement qu’on puisse trouver dans le processus de mise en place de nouvelles institutions, d’une nouvelle Constitution, d’un nouveau code électoral, etc. les voies et moyens de faire en sorte que ce 4ème coup d’Etat soit le dernier dans notre pays. On ne peut rien régler avec des coups d’Etat militaire, absolument rien. Je pense aussi que cela dépend de la classe politique, que Dieu nous en garde si demain on arrive au même scénario, c’est à dire un Président démocratiquement élu qui est fortement contesté par une bonne frange de la population. Il faut qu’on trouve des mécanismes pour résoudre le problème entre civils afin de ne pas inciter les militaires à venir se mêler de choses dont ils n’ont pas les compétences. Un militaire n’est pas fait pour gérer un département ministériel, il est militaire, il est fait pour être dans une caserne, en temps de paix préparer la guerre, les stratégies, former les soldats, acquérir du matériel et en temps de guerre il doit être sur le terrain. Il est vraiment temps qu’on arrête ces irruptions militaires sur la scène politique. 

O.W : L’imam Mahmoud DICKO est un homme influent aujourd’hui sur la scène politique malienne. Est-ce une bonne ou mauvaise chose selon vous ? N’est-ce pas là un frein pour vos aspirations de modernisation, de changements et de rupture avec la pensée dominante dans la société malienne ? 

M.B : Comme je l’ai dit plus haut, la CEDEAO était dans son rôle, en intervenant au Mali pour qu’il y est une transition civile. La transition ne peut être que civile, le pouvoir ne peut être qu’exercé par des civils. Dans la même veine, l’imam Dicko a joué son rôle de sentinelle de la société. Il n’a pas commencé aujourd’hui, il est remarqué aujourd’hui parce que l’action qu’il a menée avec le M5 a abouti au départ de l’ancien régime, mais l’imam Dicko a toujours été, disons une sorte de sentinelle vis à vis des pouvoirs. Et si vous revoyez ces vidéos notamment à la faveur des présentations de vœux, il a toujours plus au moins dénoncé les dérives des pouvoirs en place, la gabegie, la corruption et la mauvaise gouvernance. Donc je pense qu’en tant que citoyen tout court et en tant que leader religieux qui est vraiment impliqué dans la société, il a joué son rôle. Mais à mon avis son rôle s’arrête là, c’est à dire il a tiré la sonnette d’alarme, il a pris les devants de la contestation pour mettre fin à un régime qui était complètement à la dérive et je pense qu’une bonne part de l’opinion publique pense que ce régime était à la dérive. Maintenant on a une transition, je pense que, lui il l’a dit qu’il retourne dans sa mosquée. Faudrait pas qu’on pense qu’un imam ne doit pas faire ça. A la rigueur son titre d’imam importe peu, on avait juste besoin que les maliens se retrouvent autour d’un idéal, à savoir un pays mieux gouverné. Si le porte-drapeau de cette revendication populaire a été un imam pourquoi pas ? On m’a souvent posé cette question, je dis : c’est quand même un évêque qui a fait partir Joseph Kabila en RDC, on a toujours rien à dire. On connaît le rôle que l’Eglise a joué dans démocratisation de l’Amérique latine. On oublie souvent qu’il y a eu beaucoup plus de coups d’Etat en Amérique Latine qu’en Afrique et aujourd’hui ce sont des pays quasiment tous démocratique et l’Eglise a joué un rôle prépondérant. La Conférence nationale au Benin a été présidée par l’archevêque de Cotonou. Donc je pense qu’il ne faut pas, lorsqu’il s’agit d’un imam de l’islam, on essaie d’avoir d’autres interprétations qui à mon avis n’ont pas lieu d’être. 

O.W : Vous êtes aussi un citoyen averti sur les questions sécuritaires au Sahel. Que faire aujourd’hui pour que le Mali, considéré comme l’épicentre de la crise au Sahel, sorte de l’instabilité sécuritaire actuelle ? Quelles solutions préconisez-vous pour sortir les pays du Sahel de la crise endémique qui les secoue et pour une paix durable ?

M.B : Il est vrai qu’aujourd’hui le Sahel est dans une position sécuritaire très critique. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, dans une moindre mesure la Mauritanie et le Tchad car ce sont des pays avec des Etats forts et surtout des armées fortes. Pour moi personnellement, mais bon il n’y a pas une vérité préétablie, sortir de cette crise c’est d’abord dialoguer avec les nationaux de ces pays qui ont pris les armes. Il n’y aura pas de solution militaire à la situation d’insécurité dans le Sahel, même avec nos partenaires Barkhane, Nations Unies, G5 Sahel.C’est simplement impossible d’avoir une réponse uniquement militaire, elle accompagne seulement. La preuve les USA sont en train de négocier en Afghanistan. Après avoir passé une vingtaine d’années à bombarder, ils se rendent compte qu’il faut négocier. Donc pour moi la première piste est de négocier avec les nationaux, je dis bien les nationaux, il n’est pas question de négocier avec les purs terroristes qui sont venus de pays voisins pour amener le terrorisme dans nos pays. Ceux-ci doivent être combattus et renvoyé dans leurs pays d’origines. Ensuite, une fois qu’on a fait cela, il faut une réconciliation nationale, parce que malheureusement toutes ces années d’insécurité ont déchiré le tissu social. Au Mali par exemple où la nation est relativement bien formée, on n’a jamais connu de conflits interethniques. Il y a toujours eu des problèmes interethniques notamment pour le partage des pâturages, mais ça a toujours été réglé par nos mécanismes. Mais les conflits comme on a connu dans le centre du Mali avec des ethnies qui s’entretuent, on n’avait jamais connu cela avant. Donc il faut une grande réconciliation nationale. Et puis il faut refonder l’Etat. Pour moi c’est cette crise sécuritaire dans le Sahel et tout ce qu’on voit aujourd’hui qui amène des enfants à prendre les armes. C’est une crise de l’Etat, une crise de la gouvernance et tant qu’on va pas régler ça, vous pouvez amener toutes les armées du monde, elles ne vont pas résoudre le problème. Il nous faut des Etats visionnaires, des Etats régaliens, des Etat bâtisseurs, des Etats justes, décentralisés, régionalisés qui s’occupent des populations et qui leur donnent le minimum (la sécurité, l’éducation des enfants, la justice et la santé), tout le reste la population s’en occupe. C’est une crise de l’Etat, si on arrive à résoudre la crise de l’Etat, on peut résoudre tous les autres problèmes et on aura une paix durable dans le Sahel. Mais dire nous allons envoyer Barkhane, nous allons former les armées nationales, nous allons faire G5 pour combattre ces gens-là, je doute fort (mais peut être que je me trompe je ne suis pas un spécialiste en matière militaire) que cela puisse amener une solution. Si cela devait amener une solution, on l’aurait vu sous d’autres théâtres tels qu‘en Afghanistan, Syrie, Irak et Lybie. Donc oui, il faut que nos armées soient reconstruites parce qu’elles sont en lambeaux, elles le sont à cause de la corruption, de l’absence de l’Etat, à cause de nos élites oligarchiques qui ont tout détourné, ces élites qui ont détourné les budgets qui étaient destinées à ces armées. Voilà pour moi ce sont ces 3 pistes : 1) dialogue avec les nationaux qui ont pris les armes, pour voir si on peut s’entendre avec eux pour qu’ils déposent les armes, qu’ils réintègrent la Nation et qu’on bâtisse la Nation ; 2) une refondation complète de nos Etats, pour qu’ils soient plus proches des populations et apportent les services de bases (sécurité, santé, éducation et justice). Des Etats complètement décentralisés pour se rapprocher des populations ; 3) puis un grand dialogue national pour recoudre un peu le tissu social. Tout le reste c’est de l’accompagnement. Il faut toujours qu’on ait nos amis à côté de nous, Barkhane, la Minusma, etc.… pour nous accompagner justement dans ce processus de négociation, de réconciliation et de refondation de l’Etat. Il faut vraiment un autre paradigme pour l’Etat dans les pays sahéliens. Tant qu’on aura pas fait ce travail de réflexion (c ‘est ce travail de réflexion que nous faisons mes amis et moi dans le GRAIN : c’est quoi un Etat dans un pays sahélien comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso ?), on ne mettra pas fin à ces crises-là.

O.W : En tant qu’homme d’affaires, comment appréhendez-vous le débat autour de la création d’une monnaie unique ouest-africaine ? Le 21 décembre 2019, à Abidjan, le Président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue français Emmanuel Macron annonçaient la fin du franc CFA et la mise en place de l’ECO prochainement. Dans le second cas, est-ce pertinent d’avoir une monnaie unique régionale et comment peut-on y arriver sereinement ?

M.B : Cette question de la monnaie unique est une question lancinante qui revient tout le temps. Ce qui est sûr c’est qu’un jour ou l’autre nous devrions nous affranchir de ce mécanisme du franc CFA. Nous ne pouvons pas éternellement rester comme des enfants mineurs et cela passe par une bonne gouvernance, une bonne gestion. Je pense personnellement qu’il faudrait aller vers l’Eco, le franc CFA n’est plus tenable. Ce n’est économiquement pas tenable, et je dirais que ce n’est philosophiquement pas tenable. Ce n’est quand même pas normal que nous nous disions indépendants et que notre monnaie soit gérée par un autre pays. Cela n’est pas tenable philosophiquement et même sur le plan de la dignité. La souveraineté monétaire accompagne la souveraineté tout court. Donc il faut un chronogramme précis. Ce n’est certes pas facile, ça nécessite beaucoup de compétences pour se déconnecter petit à petit, mais il faut avoir la volonté. J’ai vu que la date a été repoussée une nouvelle fois. On devait avoir l’ECO cette année, mais à mon avis on ne l’aura pas avant quelques années. Mais ce n’est pas grave qu’on repousse, ce qui est important c’est qu’il y ait une vraie volonté des pays africains qui ont en commun le franc CFA de reprendre leur souveraineté monétaire, de gérer leur monnaie de façon totalement vertueuse et rigoureuse. Il faut s’assurer que lorsque nous allons reprendre cette souveraineté monétaire que nous soyons totalement déconnectés de la France. Que nous ayons déjà mis en place des mécanismes de gestion de notre monnaie commune sans reproche. Sinon effectivement les populations vont souffrir d’une monnaie mal gérée. Donc moi je suis un fervent partisan de la création de l’ECO et du décrochement d’avec le Trésor public français.

O.W : La ZLECAf (Zone de Libre Echange Continentale Africaine devait être opérationnelle début juillet dernier, finalement la Covid-19en a décidé autrement. Quelle serait la plus-value, selon vous, de cette zone de libre échange continentale ? 

M.B : Plus haut je vous ai dit que je rêve des Etats unis d’Afrique. Je pense que tant que nous serons émiettés nous ne pourrons pas nous développer, donc c’est une excellente initiative cette ZLECAF. Ça ne va pas être facile parce que malheureusement nos petits Etats sont très jaloux de leurs prérogatives, nos chefs d’Etat aiment bien dire nous sommes souverains, avoir le drapeau, l’avion de commande ment tout ça, donc ça ne va pas être facile. Mais c’est un passage obligé, c’est à dire qu’à défaut de faire l’union politique, avoir une fédération des Etats africains, il faut au moins faire l’union économique et d’ailleurs c’est cela qu’a fait l’Union européenne avec beaucoup de succès. Ils ne sont pas allés faire les Etats unis d’Europe, mais ils sont allés vers une union économique. D’ailleurs l’UE a commencé avec une union qui portait uniquement sur le charbon à la fin des années 50. Ils ont commencé par dire : on fait une union pour le charbon, et puis ça a évolué et ça a donné ce qu’est l’UE aujourd’hui. Donc à défaut de faire d’abord l’union politique (à mon avis ça prendra un siècle, je ne sais pas), faisons l’union économique. A mon avis, la ZLECAF va dans ce sens-là. Il faudrait vraiment faire en sorte que nous ayons un marché unique de 1,2 milliards de consommateurs, qu’il n’y ait plus de barrières douanières, physiques, qu’il n y’ait rien de tout cela et là vous verrez que l’Afrique aura un réel poids dans les relations internationales. L’Afrique aura un poids économique à ce moment parce qu’aujourd’hui on n’a pas de poids économique parce que nous sommes émiettés. On a 54 Etats et aucun de ces 54 Etats n’est réellement viable.

O.W : Aujourd’hui, les enjeux des territoires africains semblent être sécuritaires, socioéconomiques et culturels. Quel avenir pour ces territoires ? Quel modèle d’aménagement du territoire et quel modèle de villes dans un contexte marqué par une forte croissance démographique et urbaine, et une jeunesse en quête de mieux-être souvent tentée par l’émigration ?

M.B : Je réaffirme ce que je disais tantôt, il faut décentraliser les Etats et aller vers des Etats régionaux et en parlant des villes, il faut créer des pôles de développement. On constate aujourd’hui que si on continue à ce rythme toute la population d’un pays va venir vivre dans la capitale. Il faut voir comment Bamako, Dakar, Ouagadougou, Abidjan grandissent, c’est simplement invivable. C’est dû au fait que, comme je l’ai dit plus haut, tout est centralisé, concentré dans la capitale, les pôles de décision, les budgets, etc… et forcément les jeunes surtout cherchent à mieux vivre et viennent dans la capitale. On doit avoir une politique de pôle de développement, comme par exemple prendre le chef-lieu de chaque région et en faire un véritable pôle de développement. Comme ça, même si on a un exode rural, les jeunes qui vont quitter leur village, au lieu d’être tenté par Bamako ou Dakar vont aller dans ces pôles régionaux. Mais cela veut dire qu’on a effectivement déconcentré, décentralisé, qu’on a un Etat régional capable de lever l’impôt et capable de réaliser ses investissements. Sinon effectivement on va avoir des capitales simplement ingérables, invivables et puis qui vont donner lieu à tout ce qu’on connaît, la délinquance juvénile, grossesses non désirées des jeunes filles, la criminalité et tout ça. Donc il faut territorialiser les États, donner le pouvoir aux autorités de ces territoires, il faut développer des pôles économiques pour retenir les ressortissants de ces terroirs dans leur territoire, au lieu d’aller dans la capitale ou d’émigrer à l’extérieur pour finalement mourir dans le désert ou dans la méditerranée. Si on ne fait pas cela, on va avoir des capitales ingérables.

O.W : L’Afrique est au centre des enjeux économiques mondiaux. Les Chinois investissent et s’y installent, les Européens veulent garder la mainmise, les Américains sont toujours omniprésents, comment voyez-vous l’avenir géostratégique du continent ? Notamment sur la dimension politique et spatiale ?

M.B : Oui, l’Afrique est au centre des enjeux économiques, il n’y a qu’à voir tous les sommets qui se font maintenant. Sommet France-Afrique, USA-Afrique, Inde-Afrique, Chine-Afrique, etc. C‘est normal. D’abord c’est le continent le plus riche en matières premières. Je ne sais pas si c’est une richesse ou une malédiction d’ailleurs. Ensuite c’est le continent qui reste à être développé, le continent va avoir 2 milliards d’habitants dans 30 ans. Les autres continents n’ont plus de réserve de croissance parce qu’ils ont déjà tout fait. Ils ont besoin de matières premières pour maintenir leur style de vie, au grand dam de l’environnement d’ailleurs et de notre planète. J’espère qu’on ne verra jamais le jour où les 1,2 milliards chinois vont consommer comme les 300 millions d’américains. Et donc voilà c’est tout à fait normal que l’Afrique soit au centre de ces relations. Maintenant qu’est-ce que l’Afrique en tire ? C’est là où à mon avis que le bât blesse. Je pense que toutes ces attentions accordées à l’Afrique, c’est essentiellement pour avoir une maîtrise de ses matières premières. L’Afrique doit s’affranchir de ça. Vous savez, on a connu 4 siècles d’esclavage, ensuite la colonisation, mais pendant tout ce temps, notre continent n’était vu pas, n’était pas traité sur le plan géostratégique. Mais uniquement comme un continent dont le seul et unique rôle pour l’humanité était de fournir des matières premières. Je pense qu’on veut nous maintenir dans cette fonction, de continent pourvoyeur de matières premières, or on sait que l’extraction et l’exploitation des matières premières n’a jamais développé un pays ou un continent dans l’histoire économique de l’humanité. On n’a jamais vu ça nulle part, donc il me semble que l’Afrique doit réfléchir à quel rôle elle souhaite jouer dans le concert des nations et surtout l’Afrique doit retenir ses matières premières sur son continent et les transformer sur le continent. Si ces autres continents veulent s’associer à ce processus qu’ils viennent. Les portes sont ouvertes à tous les investisseurs mais il grand temps qu’on arrête d’exploiter le planteur de cacao de Côte d’Ivoire alors que c’est Nestlé qui prend 90% du bénéfice. Tant que ce commerce de la traite, tant que ce rôle historique dans lequel on a enfermé l’Afrique, à savoir vous êtes là pour extraire du cacao, or, bauxite, café, pétrole, c’est ça votre rôle, vous ne devez pas aller au-delà : vous envoyez tout ça chez nous, nous on transforme, on prend la valeur ajoutée et on vous envoie des crédits finis que vous nous achetez au prix qu’on décide… Tant qu’on restera dans ça, l’Afrique ne va jamais se développer. Je veux bien qu’il y ait de l’intérêt pour l’Afrique, mais je pense qu’il est temps que l’Afrique ait de l’intérêt pour l’Afrique. L’Afrique se développera en retenant ses matières premières, quitte à dire même qu’on arrête d’exploiter les matières premières, on ferme tout, on se développe, on forme d’abord nos jeunes. Voilà quand on aura nous-mêmes les compétences d’extraire on va extraire. Je sais que c’est extrémiste, mais c’est une façon de dire exploitons nos matières premières avec l’aide de ces continents. Tous ceux qui sont en train de nous faire la cour, nous allons extraire, mais plus question d’envoyer chez vous, on va fabriquer, transformer chez nous avec votre aide et là ça serait un win-win parce qu’actuellement ce n’est pas un win-win. 

Source: www.aliberconseil.com

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