Pénurie de pièce de monnaie et refus de prendre certaines pièces de monnaie : Qu’attendent les autorités pour sévir ?

Le franc CFA a été créé en 1945 et concerne quinze pays africains. © Getty Images/Bloomberg / Contributeur Les pièces de monnaie usées sont en

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Le franc CFA a été créé en 1945 et concerne quinze pays africains. © Getty Images/Bloomberg / Contributeur

Les pièces de monnaie usées sont en passe de devenir un vrai casse-tête pour les maliens notamment les Bamakois. Tous se plaignent d’avoir été victime de refus de leurs pièces,  généralement de 200 ou de 250 FCFA sous le prétexte qu’elles sont  usées. Alors que dans la plupart des cas, ces pièces  sont données par des apprentis de SOTRAMA ou par des boutiquiers. Concernant la pièce de 250 FCFA, les gens sont intraitables. Ils ne la prennent même pas. Cependant, il fut un moment où la police a commencé à servir contre ceux qui refusent de la prendre, après une plainte. Il est temps que les autorités en charge de cette questions s’approprient le problème pour soulager les maliens. Car, si des mesures idoines ne sont pas prises immédiatement, des scènes désagréables et regrettables risqueront de se produire.

Cette situation a engendré la rareté de pièces de monnaie communément appelées ‘’jetons’’. Ce phénomène cause des désagréments aux petits commerces et à tous les utilisateurs de la petite monnaie. Chauffeurs de Sotrama, Taximen, boutiquiers du quartier, pharmaciens, parents d’élèves, chacun se débrouillent pour disposer des précieuses pièces de monnaie de 5 à 500fcfa sans aucun défaut.

Cependant, cette situation fait le bonheur de certains. En ces temps difficiles, une difficulté nouvelle est venue s’ajouter au lot des obstacles que doivent braver les maliens chaque jour. En effet, ces derniers font face à un problème inhabituel : celui de la rareté des pièces de monnaie et de surtout du rejet de certaines pièces.

Habituellement, il n’est pas rare d’entendre « warimisin tè ! »  « Pas de monnaie! » ou en encore « ni magni », «  Ce n’est pas bon » « ni tè mignè » « On ne prend pas ça » ; c’est là des  expressions que les maliens entendent couramment dans les pharmacies, les boulangeries, dans les taxis ou minibus de transport urbain, chez les boutiquiers du coin ou la vendeuse de galettes ou de beignets, aux guichets dans les agences des sociétés d’eau ou d’électricité, bref, dans tous les commerces.

Ô poisse, quand tu nous tiens ! Au Mali, nos braves concitoyens ont toujours fait « contre mauvaise fortune bon cœur » en matière des transactions commerciales quotidiennes. Ils ne se lassent point de demander, leur billet de banque ou pièce de monnaie en main, à qui voudra bien leur faire la monnaie. Quand ça leur arrive d’en chercher, bien sûr. Face au refus voulu ou forcé, certains, par habitude, sourient et se tournent vers une deuxième, troisième, voire énième personne, avant de se résigner à dépenser une part dans le montant de la pièce ou du billet et obtenir, ainsi, la monnaie tant recherchée d’une part à cause de la rareté. Et d’autre part, suite au  refus de prendre certaines pièces, d’espérer sur une bonne volonté.

Qui n’a pas eu ce déplaisir d’une dépense inopportune juste pour avoir de la petite monnaie ou d’un refus ?

En effet, sauf cas d’exception, il est rare de trouver la monnaie d’une pièce ou d’un billet de banque sans pour autant acheter quelque article auprès de n’importe quel commerçant de la place, tellement, c’est devenu difficile.

Baro, brave mère de famille, est habitante de Kalabancoro, un quartier de Kati. A côté d’elle, deux garçons gringalets et turbulents qui, visiblement, viennent de l’école parce qu’ils portent encore la tenue caractéristique de leur établissement. Tout en les couvant de regard, elle raconte « quand mes deux enfants partaient à l’école primaire. Chaque matin je donnais à chacun une pièce de 100 F pour la recréation. Mais, avoir de la monnaie est devenue si difficile que chaque soir je prends soin d’en trouver afin que mes enfants ne soient pas en retard à l’école le lendemain. »

Mais, le retard de ses enfants à l’école n’est pas moins agaçant que trouver les pièces de monnaie à leur donner. Irritée, la brave dame  ajoute : « Souvent, avoir les deux pièces de 100 F devient une vraie gymnastique. Pour ça, il faut obligatoirement acheter chez le boutiquier des articles que généralement je n’en ai vraiment pas besoin ».

A une dizaine de mètres du centre de la mairie de kalabancoro,  Hamidou, un homme d’une quarantaine d’années a en mains un gros sachet bleu en plastique qu’il agite à la descente d’un minibus de transport urbain plus connu sous le nom de « SOTRAMA ». Il gronde, les yeux rouges de colère : « Pour une course de 125 F je viens de payer 200 F faute de monnaie ! J’ai donné 500 F à l’apprenti mais il m’a remis seulement 300 F, la voiture a démarré et m’a laissé planté là ! Avant de donner les 500 F, la première pies de 200 F, que j’ai donnée a été refusée par l’apprenti parce que dit-il, elle est usée».

Cette petite mésaventure que vient de connaître Hamidou, est familière  aux usagers des « SOMATRA ». Mais, un jeune chauffeur, assis tranquillement dans la cabine de son minibus en attente de chargement, les deux mains au volant, nous confie sans hésitation aucune : « Faute de monnaie et à cause de pièces dite usées, il nous arrive de remettre au client son argent sans le faire descendre et nous le conduisons jusqu’à destination. Il nous arrive aussi de conduire des passagers à 100 F quand les pièces de 25 F venaient à nous manquer ».

Cette rareté de pièces de monnaie et ce refus de prendre des pièces dites usées, ont ceci de gênant qu’ils ralentissent les élans des hommes et des femmes dans la recherche de leur pain quotidien, aussi minime soit-il.

Moustapha est chauffeur de taxi. Il vient de prendre une petite pause avec sa famille. Disponible pour le travail du soir, la tête sous le capot du taxi, il dit d’un air résigné : « Certains clients montent dans nos taxis mais ne se rendent pas compte du désagrément qu’ils nous causent en ne nous informant pas qu’il faut qu’on leur rende de la monnaie au bout de leur course. Ce qui, en général, devient du temps perdu pour eux et pour nous aussi ».

Seydou est le tenancier de la boutique que les gens de son quartier appellent « Maiga ka bitigui ». Debout derrière le comptoir, il parle,  tout en faisant attention aux clients venus faire des achats dans sa boutique : « Pour 200F, 100 F, 50 F, 25 F ou toute autre pièce de monnaie, il m’arrive de refuser des clients et, en ceci, perdre de l’argent. Je me demande ce qui est à la base de cette situation de manque de pièces de monnaie ! »

Cette rareté est-elle significative d’un enrichissement ou d’une vie devenue de plus en plus chère ? La classe moyenne est-elle devenue d’un seul coup si nombreuse à Bamako que les pièces de monnaie ont fuit la ville pour remplir les poches des paysans ou quelques petits commerçants de nos villes et villages de l’intérieur ?

Mahamadou YATTARA

Maliweb.net

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