Tous les ans, à l’automne, le gouvernement présente son projet de loi de finances (pdf) où se trouvent les recettes et les affectations de l’État. Siècle Digital s’est plongé dans la mouture 2022, présentée le 22 septembre, pour découvrir les ambitions du gouvernement pour le numérique dans l’année à venir.

La cybersécurité : une priorité

Le PLF 2022 entérine une information divulguée en Commission à l’Assemblée nationale, la création d’une nouvelle agence de « vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères » (VIGINUM). Cette agence, créée en vue de l’élection présidentielle de 2022, doit permettre de lutter contre les manipulations de l’information venues de l’étranger. Elle dispose d’un budget de 7,2 millions d’euros et ouvre le recrutement à 25 personnes pour un effectif total de 65 personnes.

La VIGINUM est sous l’autorité Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale dont le nom parle de lui-même. C’est à cet organisme qu’est également rattachée l’Agence Nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), la cyberdéfense française. Un domaine en plein boom, à tel point que l’ANSSI va ouvrir une antenne à Rennes, financée à hauteur de 13,1 millions d’euros. D’ici 2026, cette antenne réunira 200 agents. Le ministère de l’Économie et des Finances va également plancher sur la mise en place d’un centre de cyberdéfense.

La France poursuit sa numérisation

Ce besoin de cybersécurité est évidemment lié à la numérisation de plus en plus poussée des services de l’État qu’il s’agit de protéger. L’Intérieur et la Justice, deux ministères régaliens placés au centre de ce PLF 2022 vont poursuivre leurs efforts de numérisation. À elle seule la justice va obtenir 191 millions de crédits dédiés à l’informatique, soit une hausse de 30% par rapport à 2021.

Le ministère des Affaires étrangères va également recevoir son enveloppe. Le ministère de l’Économie et des Finances, fidèle à lui-même, doit moderniser ses systèmes d’information à la faveur d’une réorganisation qui va aboutir au non-remplacement de près de 1 400 postes. Corollaire à la numérisation des services de l’État, le gouvernement affirme poursuivre celle des services publics, notamment au travers de son programme TECH.GOUV chapeauté par la Direction interministérielle du numérique (DINUM).

Autre programme de la DINUM, le Fonds pour l’accélération du financement des startups d’État. Il vise à créer des services publics plus innovants et efficients. Son budget est conforté de 12,1 millions d’euros, dont 0,3 million pour le recrutement de « profils rares dédiés à l’innovation numérique ».

Le très haut débit pour tous

Pour que les citoyens puissent profiter d’un État 2.0 tant promis, faut-il encore avoir accès à internet. Le gouvernement s’est fixé comme objectif une couverture en très haut débit à 100% d’ici la fin 2022. La couverture générale en fibre optique du territoire doit intervenir d’ici 2025. Les crédits nécessaires pour cet objectif sont complétés par France relance. Le plan mis en place pour sortir la France d’une crise économique post-Covid-19 suit son cours. 12,9 milliards de crédits vont être débloqués pour régler les engagements déjà pris et 1,2 milliard d’euros vont servir à de nouveaux projets.

Pour protéger les données, l’une des ressources les plus précieuses de ce 21e siècle, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) va également être renforcée. 25 nouveaux emplois vont être créés « eu égard à l’importance croissante de ses missions ».

Enfin, pour celles et ceux qui l’ignorent, Hadopi, chargé de la protection des droits sur la diffusion des œuvres sur internet, existe toujours. Elle aura même 0,9 million d’euros en plus pour 2022. L’autorité est en réalité bel et bien appelée à disparaître : au 1er janvier elle sera fusionnée avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) au sein d’une nouvelle entité, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM).

Le PLF désormais entre les mains de l’Assemblée nationale et du Sénat

Le parlement a désormais 70 jours pour examiner le Projet de loi de finances avant son adoption. Au cours de ce processus législatif un gros chapitre lié au numérique risque de se surajouter, le plan d’investissement « France 2030 ».

Annoncé par le président de la République lors de son allocution du 12 juillet, il sera doté de 30 milliards d’euros sur plusieurs années. Plusieurs secteurs en bénéficieront tels que les semi-conducteurs, les batteries, les biotechnologies… Son objectif est de rendre à la France son indépendance industrielle et technologique, à surveiller donc.