Refondation du Mali : Le diagnostic et la thérapie du GRAIN

Refondation du Mali : Le diagnostic et la thérapie du GRAIN

      Le Groupe de réflexions, d’analyses et d’initiatives novatrices (GRAIN) a organisé, du 2 au 3 octobre, une table ron

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Le Groupe de réflexions, d’analyses et d’initiatives novatrices (GRAIN) a organisé, du 2 au 3 octobre, une table ronde sur la refondation de l’Etat du Mali. La rencontre visait à discuter en profondeur des maux qui assaillent le Mali, et ainsi envisager des préconisations. Outre les membres du GRAIN, cette table ronde a mobilisé des experts et universitaires travaillants sur les questions politiques, économiques et institutionnelles ; ainsi que des Représentants d’Organisations Non gouvernementales et des acteurs de la société civile ainsi que des personnes ressources…

L’objectif du GRAIN est de contribuer à la réflexion sur les pratiques politiques et institutionnelles dans le pays, et proposer ainsi des pistes d’actions pour le renouveau de la gouvernance au Mali. Les participants ont fait l’état des lieux des succès et faiblesses de la pratique institutionnelle au Mali, engagés la réflexion sur les défis politico-institutionnels, économiques et sociaux auxquels notre pays est confronté depuis son accession à l’indépendance, et les enjeux qui en découlent. Les propositions de solutions tirent les leçons de toutes les crises afin de parvenir à l’édification d’un Etat qui réponde aux attentes et aspirations des Maliens.

Birama SIDIBE, membre du GRAIN, a expliqué que l’organisation s’inspire du ‘’Grin’’ traditionnel, qui occupe une place importante dans la société. Le GRAIN est tout aussi un espace d’échanges et de discussions autour des questions sociétales, économiques et politiques de la Cité.

Selon M. SIDIBE, cette table ronde est une contribution au débat sur le devenir du Mali, dont il est aujourd’hui nécessaire de revenir sur ses fondamentaux et parvenir à  juguler la crise actuelle.

Le GRAIN n’est ni dans le réactif, ni dans le positionnement pour demain, souligne Birama Sidibé. Le Mali, d’après lui, connaît plutôt un problème de société, et de déviations par rapport à nos valeurs.

« Cette table ronde est l’occasion de se pencher sur l’évolution du Mali… de comprendre et apprendre des autres pour être force de proposition. Aujourd’hui, il est nécessaire de mener la réflexion pour savoir ce que l’on a fait et ce que l’on prévoit pour les générations futures », a expliqué Birama SIDIBE.

Refondation du Mali

La vision du GRAIN sur la refondation du Mali a été présentée par l’ancien ministre Ousmane Sy. Pour ce dernier, le concept de la refondation est l’un des concepts les plus évoqués au Mali. Il a rappelé qu’en 2000, avec d’autres Maliens et Africains, le débat avait déjà planché sur la refondation, se traduisant par la mise en place de l’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique. En effet, « Nous avions senti par intuition que dans les pays africains, il y avait un besoin d’ouvrir le débat sur les fondements des Etats », explique Ousmane SY.

Les constats

La crise que traverse le Mali n’est pas nouvelle, rappelle celui qui est considéré comme le père de la décentralisation malienne. A son avis, c’est une réédition d’une crise très ancienne. ‘’Dans le fond, c’est une crise de confiance entre l’Etat et les communautés de base. Cela a une répercussion sur la légitimité des institutions qui sont supportées sans être acceptées par les populations. Nous avons une société et une économie gangrenées par la corruption, les arrangements et les incivilités. Cette situation ébranle le vivre ensemble multiséculaire »,Il  a diagnostiqué.

Un autre constat patent est relatif à la perte progressive du contrôle de l’Etat sur le territoire. L’ancien ministre de l’administration constate avec amertume que le Mali est devenu un territoire complètement émietté et contrôlé par des groupes armés, au vu et au su de tout le monde. Face à cette situation déplorable juge-t-il, ceux qui ne pensent qu’à l’organisation des élections dans ce contexte ne mesurent pas l’ampleur et la gravité.

Pistes de solutions

La crise que traverse le Mali est profonde et les voies de sortie sont diversement discutées. Selon Ousmane SY, certains estiment que c’est un problème de leadership qu’il faut renforcer en vue de réussir le changement. D’autres, ajoute-t-il, pensent qu’il faut juste améliorer l’existant. D’autres prônent un retour en arrière. Ces différents points de vues lui font conclure que la pertinence de la refondation n’est plus à démontrer.

Il  souligne que la gravité de la situation a révélé une crise structurelle qui voit tous les pans de l’Etat aujourd’hui fissurés. La crise malienne n’est pas une simple panne dont la résolution nécessite une simple réparation. Pour apporter une solution efficace, il est temps de penser à faire de cette crise une opportunité. Le changement tant attendu tarde à se réaliser, car on veut faire du nouveau avec l’ancien.

« Aujourd’hui la Maison Mali est abimée. Au lieu de se contenter de combler les fissures et de ravaler les façades, il serait mieux de revoir les fondations. Il est temps de chercher à comprendre jusqu’où celles-ci sont touchées, et pourquoi elles le sont…», suggère M. SY.

Aussi, évoque-t-il de repartir sur de nouvelles bases plus solides, et ce, en revisitant la pertinence de certains choix depuis l’indépendance. Pour lui, en faisant le parcours institutionnel de notre pays, l’on s’aperçoit que le Mali est né avec ses problèmes :

« Chacun fait le combat de son temps. Mais le combat de son temps n’est pas un combat éternel. La société évolue et il faut avoir le courage d’interroger, sans stigmatiser, à chaque étape, les résultats du combat vu l’instabilité chronique et la fragilité de l’édifice », a insisté Ousmane SY, dans un contexte où la cohésion et le vivre-ensemble sont fortement ébranlés.

Pourquoi des communautés, qui ont toujours vécu ensemble, se regardent aujourd’hui en chiens de faïence ? Pourquoi le territoire est en train de s’émietter ? Pour l’ancien Ministre, c’est parce que la République, mise en place après l’indépendance, est étrangère à la grande majorité de la population. Pour lui, la forme et l’organisation de l’Etat est une réelle préoccupation.

A la tribune du GRAIN, Ousmane SY propose un modèle de démocratie qui unit au lieu de diviser. Il faut aller vers une République plus inclusive, car la majorité de la population est laissée au bord de la route par le système actuel. De l’avis du GRAIN, pour réussir la refondation du Mali, il faudrait mettre l’accent sur les valeurs qui ont fait la fierté de notre pays, et retrouver certains repères comme la famille, les autorités coutumières et religieuses.

Rokia Diawara

Journaliste Kingui Actu

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